Certains élèves sont vraiment extraordinaires.
Il y a deux ans, j'avais un élève avec un trouble évolutif du développement qui s'amusait avec les sudokus. Il en a fait un cahier d'une vingtaine en une heure de route en autobus!
L'an passé, une de mes élèves les plus travaillantes, qui est aussi polie, souriante et curieuse, a vécu une enfance dans la maltraitance la plus abjecte qu'on puisse imaginer.
Un autre qui connaissait de grandes difficultés académiques ne manquait aucune de mes périodes de récupération et reprenait les travaux échoués ou encore demandait des travaux supplémentaires, sans jamais se décourager et toujours avec un sourire des plus sincère et charmant. Ses parents étaient toxicomanes.
Cette année, j'ai des élèves réfugiés politiques. Du Congo ou de la Colombie. En classe, malgré des souvenirs encore vifs de violence, ils sont calmes et font preuve d'un leadership positif.
Ces exemples de talents particuliers ou de résilience et d'autres de créativité ou d'efforts soutenus réconcilieraient n'importe qui avec l'adolescence et donnent l'espoir en l'avenir.
Le hic, c'est que j'ai l'impression que certains changements dans le système scolaire amenés par la Réforme tendent à étouffer ces esprits uniques et à rendre le parcours encore plus ardu aux élèves plus faibles du régulier.
Quand je parle de changements négatifs apportés par la Réforme, je cible surtout l'intégration des élèves en difficultés (EHDAA) dans les classes régulières et les dépassements de ratios prof/élèves.
Avant (il y a cinq ans...), il existait des classes spéciales et des cheminements véritablement particuliers dans toutes les écoles pour les élèves qui nécessitaient des méthodes d'enseignement différentes et qui avaient besoins d'orthopédagogues ou d'enseignants en adaptation scolaire.
Les classes régulières dépassaient de un ou deux élèves leur ratio prof/élèves qui devrait être à 1/28, mais ça allait.
Maintenant, la majorité de ces classes ont été fermées dans un vent d'intégration frôlant la tornade.
Les classes régulières sont souvent en dépassement: 32, 33 élèves, avec trois ou quatre cas d'intégration dans chacune. Personnellement, dans mes classes régulières cette année, j'ai un élève avec un syndrôme Gilles de La Tourette, un autre en difficultés visuelles, sept troubes de comportements (TC), trois cas officiels DGA (difficultés graves d'apprentissage) et un élève qui a un dossier criminel et un protocole de probation. Ça, ce sont seulement ceux qui ont des problèmes "diagnostiqués" ou déclarés officiellement.
D'autres ont des problèmes moins sérieux, mais assez exigeants, sauf qu'ils ne nécessitent pas des compétences d'orthopédagogues ou d'enseignants en adaptation scolaire.
Moi, je suis une enseignante ordinaire.
Les médias vous diront que du personnel a été engagé pour aider.
Les services ne vont pas nécessairement avec l'intégration, car même si des éducateurs ont été engagés avec la Réforme, dans les faits, ils ne sont pas uniquement greffés à ces élèves intégrés. Les éducateurs engagés sont disponibles pour toutes les urgences de l'école.
Des urgences, il y en a des dizaines à chaque jour. Par conséquent, les profs "ordinaires" doivent se débrouiller avec les cas d'intégration et les élèves "réguliers" se débrouillent bien souvent tous seuls pour cheminer dans ce beau système.
C'est à eux de s'adapter puisqu'il n'y a plus d'adaptation scolaire pour les EHDAA (élèves handicapés ou en difficultés d'adaptation et/ou d'apprentissage).
Ma direction nous offre une panoplie de formations sur les élèves EHDAA pour nous aider avec l'intégration...
Ce serait tellement plus simple de juste réouvrir les classes pour ces élèves qui seraient bien mieux avec des profs compétents à leur enseigner.
Et nous, les profs ordinaires, on pourrait enseigner au régulier.
Il ne me resterait qu'à aller aux formations pour apprendre les nouveaux programmes...

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